Crise de l'euro, regards extérieurs - Problèmes économiques n° 3045 -
Par ICEE le mardi 26 juin 2012, 09:31 - Revues - Lien permanent
"De la Grande récession à la crise de la dette souveraine, puis à celle de l’euro – les crises sont devenues des poupées russes. Le projet phare de l’Europe a ainsi été mis à mal par un ensemble de facteurs : les imperfections institutionnelles de la zone euro, les déséquilibres structurels internes, les erreurs de politiques macroéconomiques - toutes mises en exergue par le retournement du cycle mondial du crédit. Si pour les organisations internationales comme le FMI et l’OCDE, la crise peut être maîtrisée avec les moyens mis en œuvre par les dirigeants européens, les avis de nombreux économistes et éditorialistes étrangers sont nettement plus partagés. Pour certains, l’avenir même de l’euro paraît de plus en plus incertain."
''La rançon du succès Finances et développement Florence Jaumotte''
Au cours des années qui ont suivi son lancement, l’euro a semblé très bien fonctionner. Les réformes lancées avant son entrée en vigueur, puis la suppression du risque de change et la baisse du coût du crédit une fois la monnaie européenne en circulation, ont accéléré l’intégration économique et financière des États membres de la zone euro. Les perspectives de forte croissance dans les pays périphériques ont drainé d’abondants flux de capitaux. Cumulées à la faiblesse des taux d’intérêt, elles ont donné l’impression que certaines économies européennes avaient enregistré des progrès sur le plan structurel. Mais en réalité, les crédits ont essentiellement alimenté des investissements immobiliers et la consommation, stimulant ainsi la demande intérieure et la hausse des salaires. D’importants déséquilibres se sont ainsi créés au sein de l’Union, montrant que la zone euro ne sera pas une union monétaire optimale tant qu’une meilleure surveillance et coordination des politiques économiques ne seront pas réalisées.
''Rigueur financière et réformes structurelles Études économiques de l’OCDE OCDE''
Pour l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), l’origine de la crise de la zone euro se trouve dans l’accumulation de déséquilibres économiques, budgétaires et financiers excessifs et dans le retournement du cycle mondial du crédit. Des mesures décisives ont dû être prises pour stabiliser les marchés de la dette souveraine européenne. L’OCDE salue dans ce contexte la mise en place du Mécanisme européen de stabilité (MSE). Pour les experts du château dela Muette, l’assainissement budgétaire est indispensable et doit s’accompagner d’une politique monétaire accommodante, mais qui continue à préserver la stabilité des prix. Outre la réforme des finances publiques et de la gouvernance économique et financière au sein de l’Union européenne, les chefs d’État et de gouvernement doivent surtout mener d’ambitieuses réformes structurelles. Elles permettront de pallier les nombreuses insuffisances des marchés des biens et services, du travail et des systèmes fiscaux et relanceront ainsi la croissance.
''Stiglitz : mettre fin aux politiques d’austérité Les Échos Gabriel Grésillon''
Pour l’économiste américain Joseph Stiglitz, les réponses apportées par les responsables européens à la crise de la zone euro ne sont pas à la hauteur des problèmes et aggravent la situation plutôt qu’elles ne l’améliorent. La cure d’austérité imposée à la Grèce par l’Union européenne (UE) et le Fonds monétaire européen (FMI) n’a fait ainsi qu’augmenter le poids de la dette et accélérer la récession. À l’échelle de l’UE, l’accent mis sur les politiques de rigueur est en train d’étouffer la croissance. Le "prix Nobel" d’économie préconise plutôt de relever les impôts pour permettre aux États d’augmenter les dépenses afin que s’enclenche un effet multiplicateur. Au-delà de la politique d’austérité, J. Stiglitz voit dans les dérégulations des années 1980 la véritable cause de la crise de la dette souveraine. Repenser l’architecture financière mondiale serait ainsi une condition sine qua non pour résoudre la crise à long terme.
Le grand défi des déficits extérieurs Financial Times Martin Wolf Martin Wolf, éditorialiste au Financial Times, estime que si la première partie de la crise est derrière nous, le pessimisme reste néanmoins de mise concernant l’avenir de l’euro. Il fonde son scepticisme sur l’analyse suivante : quand bien même la zone euro ferait à l’avenir le choix du fédéralisme financier, les déséquilibres structurels au sein de l’Union ne disparaîtront pas pour autant. Cette évolution était pourtant prévisible – les déficits extérieurs enregistrés avant la crise (et non pas les déficits budgétaires comme le veulent les traités en vigueur) étaient de parfaits indicateurs des perturbations. Plus ces déficits perdurent, plus ils façonnent la structure et la compétitivité de l’économie et pèsent ainsi sur l’avenir du continent. Dans ce contexte, l’ajustement par les taux de change étant devenu impossible depuis la création de l’euro, les corrections s’opèrent désormais par le biais des crises économiques et de la faillite des États.
''Le problème est autant financier que démographique The Atlantic Megan McArdle''
Pour sortir l’Europe de la crise, les politiques d’austérité sont insuffisantes si la rigueur n’est pas relayée par la croissance. L’Union européenne est cependant confrontée à un problème particulier : où trouver des moteurs de croissance sur un continent confronté au déclin démographique ? Le magazine américain The Atlantic attire ainsi l’attention sur un problème structurel, celui du vieillissement. Dans tous les pays, les systèmes sociaux sont sous pression. Le dividende démographique des baby boomers étant largement entamé sur le Vieux Continent, l’âge de plus en plus avancé de la plupart des salariés rend difficiles des progrès substantiels de productivité. Il est certes en théorie envisageable qu’un pays enregistre en même temps une diminution de son produit intérieur brut (PIB) global et une augmentation de son PIB par tête – le bien-être individuel augmenterait ainsi. Le poids considérable de la dette rend cependant cette option très peu probable.
''La Chine se tourne vers l’Europe Real Instituto Elcano Alicia Sorroza''
La Chine entretient depuis longtemps une relation privilégiée avec les États-Unis. L’Europe, quant à elle, ne se trouvait pas vraiment jusqu’à présent au centre des préoccupations des dirigeants chinois. La situation a évolué très rapidement depuis le déclenchement de la crise économique et financière. Les difficultés de la zone euro permettent désormais à l’Empire du Milieu de réduire son exposition à l’économie américaine et d’accroître son influence en Europe. Outre l’achat d’obligations européennes, la Chine mise surtout sur l’investissement. Pékin qui autrefois s’intéressait principalement aux grands États se tourne aujourd’hui vers les petits pays en difficulté de la périphérie européenne. De ces nouvelles relations avec l’Europe, la Chine espère obtenir rapidement le statut d’économie de marché et la levée de l’embargo sur les ventes d’armes. En revanche, du côté européen, l’élaboration d’une politique commune vis-à-vis de Pékin devient dans ce contexte de plus en plus difficile.